Saint-Vaast-lès-Mello

La roche calcaire était déjà extraite à Saint-Vaast-lès-Mello durant l’Antiquité. En atteste la découverte de cinquante sarcophages mérovingiens datant du VIe siècle.

Dès le IXe siècle, la pierre de Saint-Vaast-lès-Mello a servi à la construction d’édifices locaux, notamment des églises dont celle de Saint-Vaast-lès-Mello édifiée au XIIe siècle. Cette petite église a la particularité de posséder une nef très étroite. Par ailleurs, il est fort probable que la pierre ayant servi à bâtir le monument ait été extraite d’une crypte située juste en-dessous, ce qui expliquerait les problèmes de stabilité de l’église qui a dû être étayée.

En 2018, l’église Saint-Vaast a été sélectionnée au premier loto du patrimoine organisé par Stéphane Bern.  Ce jeu a permis de récolter des fonds destinés à la Fondation du patrimoine pour assurer l’entretien de monuments en péril. Aujourd’hui, le dossier est encore en cours.

L’activité des carrières s’intensifia considérablement en 1851. Plusieurs petites carrières s’ouvrirent puis furent quasiment toutes regroupées en 1875. Au début du XXe siècle, elles employaient près de 900 carriers ! Aujourd’hui, trois sites carriers sont toujours en exploitation : la Grande Carrière, la carrière Sébastopol et la carrière Péroche, toutes propriétés du groupe BPE Lecieux.

Tout comme d’autres carrières du bassin creillois, la pierre de Saint-Vaast-lès-Mello a servi à construire la capitale de 1650 à 1750 puis de 1853 à 1870 durant l’urbanisation de Paris par le Baron Haussmann. Elles ont aussi servi à bâtir des édifices notables, bien au-delà du Bassin Parisien, cette qualité de pierre étant également fort appréciée en Province et à l’étranger. On la retrouve par exemple en Allemagne, en Belgique, en Suisse et aux Pays-Bas.

carte postale Saint-Vaast-lès-Mello droits réservés

Les carrières à ciel ouvert se sont développées à partir de la moitié du XIXe siècle car les ouvriers ont enfin eu les moyens techniques d’enlever l’épaisse « découverte » – composée de terre et de marnes et caillaisses – qui recouvre les roches calcaires exploitables. C’est à partir de cette période que le paysage de Saint-Vaast-lès-Mello fût modifié en profondeur.
Une première carrière à ciel ouvert a été créée par M. Clairet vers 1851 puis une deuxième, peu de temps après, par M. Péroche, à proximité de la route départementale allant vers le hameau de Magenta. Cette dernière fut ensuite rachetée par les Etablissements Civet-Pommier devenus Rocamat dans les années 1970. De nombreuses autres carrières ont également été mises en activité à l’initiative des Messieurs Fourniquet, Mézières, Lemaire, Poulain, Fontaine, Boulanger, Borde, Aubin, Périer, Michel et Baillon. En 1963, la maison Civet a racheté une première carrière puis a étendu son exploitation en reprenant plusieurs autres sites d’extraction. L’ensemble des sites encore exploités aujourd’hui appartiennent au groupe BPE Lecieux.

carte postale Saint-Vaast-lès-Mello droits réservés
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Jusqu’au milieu du XIXe siècle, la pierre extraite des carrières de Saint-Vaast-lès-Mello était transportée sur des fardiers jusqu’à Creil, au port du long Boyau, où elle était chargée sur des bateaux qui descendaient à Paris.
Le 1er septembre 1857, la Compagnie des Chemins de Fer du Nord inaugura la ligne ferroviaire Beauvais – Creil. Les besoins en pierres à cette époque étaient colossaux pour les ouvrages d’art et gares des voies ferrées, mais aussi pour la construction du Paris Haussmannien. De nombreuses exploitations de carrières se sont alors développées dans le village.
En 1868, le Préfet inaugure le raccordement à la voie normale Dollot qui permettait aux carrières de Saint-Vaast-lès-Mello d’être reliées à la gare de Cramoisy. Chaque carrier disposait d’un dépôt le long de ce raccordement ferré qui lui permettait ensuite de charger ses pierres sur les wagons grâce à un pont roulant. Aujourd’hui, des blocs de pierre et les ruines d’un petit bâtiment sont encore visibles dans le bois qui a repris ses droits le long de la Départementale 123.
En 1914, la Maison Civet, principal exploitant des carrières de la commune, aménagea un chemin de fer à voie étroite qui reliait les chantiers d’extraction au dépôt du raccordement à voie normale. C’est la tranchée à droite de la première image, avant la première maison qui remontait le vallon.

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Au cœur du village, certaines maisons datant de plusieurs siècles ont de grandes caves très profondes. C’est souvent en creusant ces caves qu’on extrayait la pierre pour construire sa demeure.
De plus, une carrière souterraine existe encore non loin du village, sous la « Butte à Mézières ». Cette très ancienne carrière a certainement dû approvisionner en pierres plusieurs constructions de Saint-Vaast-lès-Mello et même bien au-delà.
La mairie, quant à elle, a été construite à la fin du XIXe siècle avec les pierres extraites à proximité. Elle a également servi d’école et comptait un appartement pour le maitre qui assurait aussi les fonctions de secrétaire de mairie.

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Pour déplacer les pierres, les carriers ont très longtemps utilisé les chevaux de trait qui tiraient des tombereaux (comme sur la photographie) ou des fardiers. Au milieu du XIXe siècle, le maréchal ferrant du village entretenait deux cent chevaux dont les deux tiers servaient pour l’exploitation des carrières !
L’extraction à ciel ouvert a considérablement modifié le paysage qui évoluait sans cesse en faisant de vastes cratères. Plus on avançait dans l’extraction de la pierre, plus la « découverte » (terre végétale, marnes et caillasses) laissait dans les carrières des roches non commercialisables. Elles étaient stockées sur place avant de contribuer au remblaiement du vaste trou. Aujourd’hui, beaucoup de ces anciennes carrières ont été bouchées.
Des carrières qui ne sont aujourd’hui plus exploitées, subsiste le site des Glachoirs, classé Espace Naturel Sensible, Zone Naturelle d’Intérêt Ecologique, Faunistique et Floristique (ZNIEFF) ouvert à la promenade, la randonnée et à pratique de l’escalade (site naturel d’escalade) depuis 2018
Le site des Glachoirs est en outre un site inscrit à l’inventaire régional du patrimoine géologique (IRPG). Dans les années 80, la carrière a servi à définir la coupe-type, référence pour la détermination et l’identification d’une partie de la période géologique appelée « le Lutétien », située entre -48,5 et -40,5 millions d’années (néo-stratotype).

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Des paillasses végétales, comme celles que l’on voit le long du front de taille, permettaient aux carriers de s’abriter du soleil. Ils les confectionnaient avec des roseaux qu’ils trouvaient dans le marais situé en contrebas du village. Les anciens carriers de ces vastes carrières à ciel ouvert les surnommaient « le Maroc » tant il y faisait chaud l’été !
Les carriers profitaient des jours froids d’hiver pour fabriquer et entretenir leurs outils, lorsque l’extraction de la pierre était impossible.

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Après la Première Guerre mondiale, la reconstruction des régions libérées nécessita d’importantes quantités de pierre, les carrières de Saint-Vaast-lès-Mello retrouvèrent alors une activité intense : un train de pierres partait chaque jour de la gare de Cramoisy !
Après la Seconde Guerre mondiale, les besoins en pierre se sont encore accrus. Les carrières qui avaient jusque-là conservé beaucoup de leur caractère artisanal vont alors devoir s’industrialiser, s’électrifier, se mécaniser. Elles ne se borneront plus à livrer de la pierre brute : une scierie sera installée directement dans les carrières pour pouvoir vendre des pierres prêtes à poser.

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Sur cette carte postale, ces carriers, posant fièrement devant un beau front de taille, sont les dignes représentants des 900 carriers qui travaillaient à extraire, tailler et transporter des milliers de mètres cubes de pierre.
Il n’était pas rare que les exploitants carriers emploient de la main d’œuvre étrangère pour faire face au travail considérable. Des italiens ou des polonais logeaient dans des petits baraquements qui se situaient entre Saint-Vaast-lès-Mello et Cramoisy.
Parmi les professionnels de la pierre, Louis Bichut puis son fils Jacques Bichut, successivement directeurs des carrières de Saint-Vaast-lès-Mello de 1929 à 1980, ont beaucoup œuvré pour le développement industriel des carrières.
Petite anecdote : Jacques Bichut avait trouvé une empreinte de raie dans la couche calcaire appelée banc royal de Saint-Vaast-lès-Mello. En 1961, le Museum National d’Histoire Naturelle de Paris l’a inscrite dans sa collection et l’a appelée « Zapterix bichuti signeux », du nom de M. Bichut ! Elle est aujourd’hui toujours visible au musée, dans la galerie de Paléontologie, dans la salle des collections de poissons.

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Le hameau de Barisseuse, très bien conservé, est aujourd’hui encore un reflet authentique des constructions rurales de notre territoire.
La petite chapelle Saint-Nicolas qui se situe à côté de la ferme, ne manque pas d’intérêt. C’est une construction bâtie au début du XIIIe siècle.
La ferme de Barisseuse, datant du XVIIe siècle, était rattachée à la baronnie de Mello. Aujourd’hui restaurée, le domaine est devenu un magnifique hôtel, prisé pour ses salles de séminaire et de réception.