Cramoisy

Cramoisy est un village construit au cœur même de la roche calcaire. L’imposant front de taille encore visible aujourd’hui de l’entrée du village côté Saint-Leu d’Esserent, à sa sortie côté Maysel, en est le fil conducteur.
D’autres sites d’extractions sont notables tel que celui appelé « l’amphithéâtre » en direction de Thiverny : c’est un début d’extraction fait par un carrier qui n’a pas été poursuivie.
A la sortie du village, côté Maysel, une carrière à ciel ouvert était encore exploitée en 2003. Elle a depuis été complètement rebouchée jusqu’à son niveau d’origine par la société CRP avec des déchets inertes (déchets minéraux tels que le béton, les briques et tuiles, des déblais…).
De l’autre côté du village, en direction de Thiverny, d’importantes excavations souterraines ont également été creusées à la limite du territoire de la commune.
Les nombreuses maisons et édifices de la commune de Cramoisy sont également des témoins de cette activité de carrières et représentent l’habitat traditionnel des villages du sud de l’Oise.
Par exemple, la Ferme du Haut, située place de l’église, était auparavant une grange dîmière fortifiée construite avec d’épais murs en pierre durant la période cistercienne (au XIIe siècle). La dîme était un impôt représentant le dixième de la récolte ou de la production versé par les paysans et artisans au clergé ou au seigneur local. Ce magnifique ensemble en pierre de taille a été entièrement réhabilité afin d’accueillir des réceptions en tout genre.
Au cœur de ce village rural, la vie des carriers et des habitants fut marquée par la Seconde Guerre mondiale comme toutes les communes environnantes du fait de la proximité du centre de montage et de stockage de missiles V1 dans la carrière souterraine du Couvent à Saint-Leu d’Esserent. Le 25 août 1944, alors que Paris fêtait sa Libération, une mission fut lancée afin de neutraliser les terrains d’aviation allemands dans le secteur de Laon et Reims. Une bataille aérienne éclata dans le secteur de Creil-Clermont-Beauvais. Les pertes furent lourdes des deux côtés. Suite à cette bataille, la dépouille de Jérome James Zierlein – jeune texan de 23 ans – et les restes de son avion furent retrouvés près du bois de la Garenne jouxtant le village.

carte postale Cramoisy droits réservés

Cette carrière peu profonde a été exploitée au XXe siècle pour la culture des champignons. M. Gandossi a été le dernier exploitant jusqu’aux années quatre-vingt-dix.

Tout le coteau, sur la partie avale de la rivière du Thérain jusqu’à la sortie du village, est bordé d’une succession de fronts de taille partant du clos Chaudron jusqu’au château Sourivière. Ces fronts de taille ont été exploités depuis plusieurs siècles pour y tirer la roche tendre du village.

Une légende raconte qu’un souterrain aurait été creusé par les moines cisterciens pendant la guerre de Cent Ans. Leur objectif premier n’était pas d’y extraire la pierre mais de pouvoir raccorder en toute sécurité le Prieuré de Saint-Leu d’Esserent au moulin de Saint-Leu situé à l’intersection de Montataire, Cramoisy et Thiverny afin d’y récupérer la farine.

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Une habitation troglodytique et des caves adjacentes (anciennes petites excavations creusées dans la roche) se situaient à cet endroit, juste derrière la ferme du Haut. Les anciens parlent de la maison à Doudou ! Aujourd’hui la façade de cette maison n’existe plus car elle a été démontée.
La plupart des anciens occupants de ce front de masse – aménagé en plusieurs habitations troglodytiques – ont voulu améliorer leurs conditions de vie. En effet, ces logements creusés dans la roche étaient réputés peu confortables. Ils ont alors bâti de solides maisons en pierre juste devant. Leurs anciennes habitations devinrent des dépendances ou furent abandonnées. Par exemple, un four à pain, encore visible aujourd’hui dans l’une de ces excavations, atteste qu’un foyer y était organisé. Un chemin n’existant plus aujourd’hui permettait d’accéder à toutes ces anciennes demeures.

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La ligne ferroviaire Creil-Beauvais a été mise en service en 1857 par la Compagnie de chemin de fer des Ardennes et de l’Oise.
Implantée au cœur du village, l’usine Parvillée – qui fabriquait des isolants électriques en céramique – a profité de cette voie ferroviaire pour transporter ses marchandises, tout comme de très nombreuses autres entreprises qui s’étaient installées dans la vallée du Thérain.
Une gare de triage se situait en face de la gare. Des voies étroites partaient des carrières de Saint-Vaast-lès-Mello, puis tournaient à Magenta (hameau de Montataire) et passaient le long de la route de Cramoisy, devant la salle des fêtes pour arriver devant la gare. Aujourd’hui, on peut encore apercevoir quelques traverses et un ancien pont qui passait au-dessus du ru de la Dehors dans une propriété privée. Dans les années soixante – soixante-dix, la gare de marchandises a cessé d’être utilisée au profit du transport par camion. En revanche, les trains de voyageurs s’arrêtent toujours à la gare de Cramoisy.

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Le château Sourivière tient son nom du lieu-dit « Sous-Rivière » qui signifie simplement sous la rivière. Une ferme était également située en ce lieu-dit.
Entre les deux guerres, le château a accueilli un camp de nudistes. Plus tard, dans les années soixante, il y eu un élevage de myocastors (ragondins) pour la viande et la peau. L’E.S.A.T. Clos du nid de l’Oise – association créée par l’abbé Oziol assurant l’éducation, les soins et l’insertion sociale des personnes atteintes d’un handicap mental – est propriétaire du château depuis 1967.
Cramoisy était compris dans la baronnie de Mello. C’était alors un village fortifié. Un autre château, plus ancien que celui de Sous-Rivière, se situait au cœur du village. Cette forteresse était occupée par Pierre dit Hutin, seigneur d’Aumont, à la fin du XIVe siècle. Par ailleurs, les bâtiments d’un fief nommé château Sarrazin, ont été démolis à la fin du Moyen-Age.

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Une prison très exiguë se trouvait juste en face de l’église. Le petit bâtiment en pierre existe toujours aujourd’hui. Le dernier prisonnier mis dans cette pièce pour la nuit afin de se dégriser, a joué un drôle de tour à ses geôliers : lorsque la Maréchaussée est revenue le lendemain matin, il avait pris la poudre d’escampette en se sauvant par la toiture qu’il avait démontée !

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A la fin du XIXe siècle, Cramoisy fut contrainte d’avoir une mairie et une école suite à une série de décisions nationales obligeant les communes à se doter d’une mairie et de rendre l’école obligatoire. La mairie-école fut alors construite. A l’époque, il n’y avait pas le clocheton qui a été rajouté lors du mandat de M. Henry Grinschpoun (1927 – 1936). L’actuelle salle du conseil était une école des garçons jusque dans les années cinquante.
L’église Saint-Martin, située juste en face de la mairie, est classée aux Monuments historiques depuis 1906. Elle compte deux parties. La première partie, à l’architecture romane, date du début du XIIe siècle. Il reste de cette époque le clocher de deux étages et un contrefort plat au niveau de la façade ouest. Cette église romane a ensuite subie des transformations au milieu du XIIIe siècle. On peut voir sur la carte postale que la porte et le vitrail ne sont pas centrés par rapport à la toiture car la façade ouest et la nef ont été élargies à cette époque. Lors de l’agrandissement de l’église, un nouveau chœur et une chapelle latérale au sud ont été édifiés dans le style gothique.
Un cimetière jouxtait l’église (il était au premier plan à gauche de la carte postale). Il a été déplacé au XIXe siècle à l’entrée du village.

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La place du village était un véritable lieu de rassemblement des habitants et de la jeunesse cramoisienne. Elle servait à l’organisation des manifestations communales. Lieu de convivialité, les habitants sortaient leurs chaises ou s’asseyaient sur les marches pour discuter à l’abri des tilleuls qui existent toujours aujourd’hui.
Une grande fête y était organisée en avril par les carriers : ils tuaient le cochon à cette occasion. Cette tradition a évolué avec le temps en devenant la « Fête à l’andouille ». La recette de l’andouille est spécifique au village et elle est gardée secrète.
Auparavant, une fanfare nommée l’Odéon animait le village. Les musiciens s’entrainaient sur la place.
Jusque dans les années soixante-dix, pas moins de cinq cafés animaient le petit village de Cramoisy dont celui visible sur la carte ! Ces commerces ont l’un après l’autre cessé leur activité. Le dernier du village a fermé ses portes en même temps que l’épicerie dans les années deux mille.

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Cette photo datant du début du XXe siècle est une vue du centre du village et de son épicerie. La poste était juste à côté et la boulangerie se trouvait en face. Au total, à la fin du XIXe siècle, le village comptait trois épiceries dont deux étaient également des cafés, un boulanger et un boucher. Ces commerces n’existent plus aujourd’hui. Cela est en partie la conséquence de la fermeture de l’usine Parvillée, où étaient fabriqués des isolants électriques en céramique et qui employait plus de trois cent personnes jusque dans les années vingt. L’activité économique s’est alors déplacée dans les villes environnantes, l’acte de consommation également.
En dehors de l’exploitation de la pierre, d’autres activités économiques ont existé à Cramoisy telles qu’une scierie ou un moulin. Comme dans de nombreuses autres carrières souterraines du secteur, une fois que l’exploitation de la pierre a cessé, les souterrains ont été reconvertis en champignonnières. La température constante d’environ 12 degrés et l’humidité constituaient des conditions propices pour cultiver les champignons de Paris toute l’année.

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Aujourd’hui, ce pont réalisé en pierre locale n’existe plus sous cette forme car il a été détruit par les allemands le 31 août 1944. Déjà sur place, à Cramoisy, ils savaient que les alliés arrivaient. Pour empêcher leur progression, ils ont fait sauter tous les ponts du village. Ils ont cependant oublié un pont proche du château Sourivière qui a permis aux alliés de passer via des rails métalliques (plaques de franchissement) pour faire traverser leurs engins militaires.
Afin de remplacer ce pont détruit, un nouveau fut reconstruit après la guerre. Il est dorénavant plus à droite que le précédent. Il est à noter que lors des explosions, le lavoir adjacent a également subi des dommages lors de la Seconde Guerre mondiale.